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1– Adam et l’Homme selon le Coran et en Islam

Les mythes sont construits, mais sont aussi ce qui nous construit. Or, s’il est un mythe partagé par l’ensemble des religions, c’est bien celui de la création de l’Homme : un système d’explication de l’existence de cette créature capable de réfléchir sur sa propre origine. Concernant les trois grandes religions monothéistes, le mythe de l’origine renvoie à la création du premier couple d’êtres humains : Adam et Ève, lesquels sont compris comme étant les géniteurs de l’espèce humaine. Par ailleurs, le présent article ne vise pas une tentative de conciliation entre les données actuelles de la science quant aux origines de l’Homme et les postulats créationnistes inscrits dans la Bible et, en apparence seulement, dans le Coran. Notre objectif sera donc par l’analyse littérale de versets coraniques clefs d’étudier en quelle mesure le Coran valide le récit biblique et, ainsi, de déterminer quelle version du mythe adamique présente le texte coranique. Nous consacrerons donc une série de quatre articles à ce délicat sujet.[1] Or, indiquons-le dès à présent, la déconstruction critique opérée par le Coran réalise un important renversement ontologique puisque l’homme adamique biblique apparaît « à l’image de Dieu »[2] alors que l’Homme coranique a été créé à « l’image d’Adam ».

 

• Que dit l’Islam

En dehors du mutazilisme ancien, l’exégèse islamique a procédé à un rapatriement massif des données talmudiques quant au mythe du premier homme. C’est à partir de ces matériaux textuels extra-coraniques qu’a été compris le Coran lorsqu’il aborde le récit d’Adam. Aussi, ne fait-il aucun doute pour l’Islam, et donc les musulmans majoritairement, que Dieu a créé Adam, et à partir de celui-ci Ève, lesquels ont alors formé le premier couple d’êtres humains ayant par suite enfanté les premiers hommes dont nous descendons directement. En d’autres termes, Adam et Ève seraient les géniteurs de toute l’humanité, laquelle est d’ailleurs souvent qualifiée dans la littérature islamique de race adamique. Cependant, l’Exégèse n’a pu en réalité référencer dans le Coran qu’un seul verset qui pourrait indiquer directement que l’humanité est la descendance de Adam : S2.V172, mais nous avons démontré que comprendre ainsi ce verset revenait à en forcer indûment le texte.[3] Concernant le verset que nous allons présentement envisager : S2.V30, il n’a donc été exploité qu’indirectement par l’Exégèse afin de l’asservir à sa propre compréhension talmudique du Coran. Ceci au prix d’une interprétation qui, pour paraître valide, nécessite, comme nous le constaterons, que nous ayons préalablement cru qu’Adam était notre ancêtre commun. Du point de vue exégétique et méthodologique, une telle induction de sens, pour ne pas dire manipulation, a eu comme conséquence l’occultation de  l’abord très déconstructif de ce passage de la Genèse selon le Coran.

 

• Que dit le Coran

Voici la traduction littérale du verset concerné : « Et, lorsque ton Seigneur dit aux Anges : « Certes, J’institue sur Terre un Représentant », ils dirent : « Établiras-Tu qui y sèmera la corruption et fera couler le sang alors que nous, nous célébrons Ta transcendance par Ta louange et Te sanctifions ? » – Il répondit : « Je sais parfaitement ce que point vous ne savez ! », S2.V30.

– Du point de vue de l’analyse contextuelle, ce verset introduit le § 2 du Chapitre III de sourate al–baqara/la Génisse,[4] lequel selon notre analyse compositionnelle en connaît quatre : § 1. De la création du monde [v29] ; § 2. : D’Adam [vs30-33] ; § 3. De la tentation [34-36…] ; § 4. De l’expulsion du Jardin [versets…36-39]. Nous rappellerons qu’en ces paragraphes le Coran envisage les deux premiers chapitres de la Genèse, mais qu’il traite cette intertextualité biblique selon une approche critique qui, en l’occurrence, correspond à ce que nous qualifions de « contre-récit » coranique.[5] Présentement, ce verset et ses suivants déconstruisent la mytho-théologie de la Genèse et l’anthropomorphisme biblique mettant en scène Adam et Ève en un jardin planté par Dieu en un lieu du côté de l’Est nommé Éden. Plus largement, l’analyse littérale de ce chapitre montrera que le Coran propose sa propre version de la Genèse en évoquant la création d’un être mixte Adam/Elle en tant que siège archétypal des trois caractéristiques ontologiques de l’Homme : le langage, la raison, la conscience de soi.[6]

– Du point de vue de l’analyse lexicale, le terme-clef est ici khalîfa, mot que les traductions rendent par lieutenant, vicaire, successeur, remplaçant, calife, et que nous avons traduit par « Représentant ». En effet, la racine khalafa évoque, outre l’idée de succession, celle de substitution, de remplacement, remplacement qui peut être non réel comme dans l’expression allâhu khalîfa wâlidi-ka adressée à un orphelin et signifiant : « Dieu est le khalîfa/représentant de ton père ». Cet échange virtuel exprime bien la notion de représentation, d’où notre : « Représentant ». C’est du reste en ce sens que le khalîfa/Calife fut, entre autres définitions, classiquement considéré comme le représentant de la Loi de Dieu sur Terre. De même, l’on qualifie de khalîfa le représentant d’une organisation, une armée ou une tarîqa.

Quant à elle, l’Exégèse a retenu de manière orientée certains sens de la racine khalafa : suivre, rester en arrière, puis, de là, succéder à quelqu’un, remplacer, le substantif khalîfa signifiant en ce cas : remplaçant, successeur. Le concept de khalîfa en tant que successeur, une fois politiquement extrapolé, fournit à l’Homme le statut de Remplaçant, Lieutenant ou Calife de Dieu. L’Exégèse de par cette détermination du sens du mot khalîfa a fondé la perception ontologique de l’Homme en Islam, vision holistique englobant toutes les thématiques, de la théologie à la politique en passant par le Droit ou la philosophie : l’Homme serait le Calife de Dieu sur terre, ce qui lui confère au moins autant de pouvoir que « l’homme à l’image de Dieu » selon la Bible. Cependant, le Coran témoigne d’une telle signification en la seule autre occurrence où, comme en notre verset, le mot khalîfa est employé au singulier. « Ô David ! Nous t’avons institué successeur/khalîfa sur Terre, juge donc entre les hommes avec justice… » S38.V26. Le sens littéral de khalîfa est ici explicite à condition de comprendre le verset en son intertextualité puisque selon l’Ancien Testament [IIe Livre de Samuel, Part. I] David devient après bien des difficultés le successeur du défunt roi Saül. Lorsque dans le Coran ce terme est employé au pluriel, il signifie encore plus clairement successeurs au sens de générations succédant aux autres : « Ils le traitèrent de menteur [Noé] et Nous le sauvâmes donc, ainsi que ceux qui étaient avec lui à bord de l’arche. Nous en fîmes les successeurs/khalâ’ifa et engloutîmes ceux qui avaient réfuté Nos signes… », S10.V73. C’est donc curieusement, mais non sans intentions, que commentaires et traductions, dont la traduction standard, rendent en S38.V26 le terme khalîfa par « Calife » ! Politique et exégétique ont toujours parfaitement cohabité. Ce choix s’avère de plus sans soutien coranique, car en la formulation pour notre v30 : « Je vais établir sur terre un successeur », il n’apparaîtrait pas de qui ou de quoi l’Homme serait le successeur, en d’autres termes, il n’est pas dit : « Je vais M’instituer un successeur » ou « Je vais instituer un successeur à Adam ». Cette absence significative avait été perçue par certains qui, pour indiquer de qui l’Homme était le « successeur », empruntèrent en les adaptant d’antiques mythologies sémites que l’on attribua alors à Ibn ‘Abbâs, lequel aurait expliqué en substance : « Les premiers habitants de la terre furent les Djinns qui y semèrent la corruption et firent couler beaucoup de sang jusqu’à ce que Dieu envoie Iblîs et une armée d’Anges pour les exterminer. Puis, Dieu dit : « Je vais instituer sur terre un successeur » et il installa Adam sur Terre. » [7] Ce propos sans fondement hadistique aucun fait donc de Adam le successeur des Djinns sur terre, il anéantit ainsi l’abord rationnel proposé par le Coran qui, à l’inverse, a déconstruit ces vieux fonds mythologiques.

– Du point de vue de l’analyse sémantique, la simple mise en situation introductive : « lorsque ton Seigneur dit aux Anges » suffit à indiquer la délocalisation coranique du récit biblique, car là scène ne se déroule  plus au « jardin terrestre situé à Éden du côté de l’Est ».[8] En effet, nous lisons en un passage similaire : « Je n’ai aucune science de l’Assemblée sublime quand ils disputaient ».[9] Le comparatif contextuel précise avec certitude que la dénomination « Assemblée sublime » concerne les Anges. Cette Assemblée sublime/almala’ al–a‘lâ, correspond au Plérôme.[10] Or, le fait que les évènements qui vont être décrits se situent en un lieu inaccessible à l’entendement humain, le Plérôme, est déjà en soi l’indice de la fonction archétypale d’Adam selon le contre-récit que le Coran va proposer.

Par ailleurs, et c’est là l’observation la plus signifiante sous l’angle qui nous préoccupe : la nature d’Adam et de l’Homme, l’énoncé principal du verset permet de démontrer qu’Adam n’est pas le premier homme ni l’ancêtre de l’espèce humaine : « Et, lorsque ton Seigneur dit aux Anges : « Certes, J’institue sur Terre un Représentant », ils dirent : « Établiras-Tu qui y sèmera la corruption et fera couler le sang alors que nous, nous célébrons Ta transcendance par Ta louange et Te sanctifions ? ». Aucun personnage n’est ici expressément mentionné, ni Adam ni l’Homme, et quand Dieu annonce son projet :  « certes, J’institue sur Terre un Représentant  », la réponse des Anges  « établiras-Tu qui y sèmera la corruption et fera couler le sang » suppose que ledit « Représentant » soit l’Homme et non pas Adam. Effectivement, si cet échange se passe au Plérôme, il concerne la « Terre » et la créature qui « y sèmera la corruption/fasâda et fera couler le sang » ne peut pas être Adam puisqu’à l’évidence il s’agit là de ce que feront les hommes sur Terre. L’intratextualité coranique confirme que cette qualification est le propre de l’espèce humaine : « La corruption/al–fasâd est apparue sur terre et sur mer du fait de ce que les hommes ont accompli de leurs propres mains… »[11] À l’objection émise par les Anges quant au penchant funeste de l’Homme : « établiras-Tu qui y sèmera la corruption et fera couler le sang  », ces derniers opposent leur plénitude positive : « alors que nous, nous célébrons Ta transcendance par Ta louange et Te sanctifions »,[12] mais la réponse divine est laconique « Je sais parfaitement ce que point vous ne savez ! »  et c’est au v33 que la justification divine sera explicitée. Puis, il est dit « et Il [Dieu] enseigna à Adam tous les noms… », v31. C’est précisément là l’entré en scène d’Adam laquelle est apparemment sans rapport avec le plan divin énoncé au v30 qui ne concerne donc que l’Homme comme nous l’avons montré. Il y a ici une disjonction de lieu et de temps : le v30 est relatif à l’apparition future de l’Homme et sa présence sur Terre en tant que « Représentant » et les v31-34 sont relatifs à Adam et se situent au Plérôme, hors du temps tel que nous l’entendons. Cette notion de non-temps explique qu’en notre traduction, nous ayons utilisé le temps présent : « J’institue »[13] plutôt qu’un futur proche « Je vais instituer ».

– Puisqu’au final l’Homme sera « Représentant » sur Terre et que sa fonction aura entre autres conséquences qu’il « y sèmera la corruption »  et qu’Adam apparaît au Plérôme et n’est accusé de rien, c’est donc qu’Adam et l’Homme ne sont ni de même nature ni n’existent en un même plan de réalité. Aussi, Adam n’est-il pas un homme et, conséquemment, l’Homme ne descend pas d’Adam, pas plus qu’Adam ne sera donc descendu sur Terre.[14] Sans avoir à nous référer au concept platonicien de Plérôme, nous constaterons que le contre-récit coranique de la Genèse  fait d’Adam, non plus donc le premier des hommes, mais un être archétypal acquérant lors de sa formation les trois caractéristiques qui seront par suite ontologiques à l’Homme :  le langage, la raison, la conscience de soi. De la sorte, nous en déduisons que l’Homme en tant que manifestation phénoménale en notre réalité est le « Représentant » de l’Archétype Adam et non pas le Représentant de Dieu. Ceci vérifie à contrario qu’il ait été dit « J’institue[15] sur Terre un Représentant » et non pas « J’institue Mon représentant » ou « Je M’institue un représentant ». Ceci explicite de même ce que nous avions annoncé en introduction : alors que l’homme adamique biblique apparaît « à l’image de Dieu », la déconstruction de la Genèse selon le Coran postule que l’Homme coranique a été créé à « l’image d’Adam ». Puisque l’Homme est le « Représentant »[16] d’Adam, ce dernier en tant qu’archétype, ceci implique en soi qu’il sont nécessairement l’un l’autre de natures différentes.

Conclusion

L’analyse littérale de S2.V30 aura suffi à démontrer que le Coran ne reproduit en rien le récit de la Genèse et il en sera de même pour les vs31-39.[17] À l’évidence, la mention : « J’institue sur Terre un Représentant » s’applique seulement à l’Homme et indique en soi, contrairement à l’affirmation explicite de la Bible et des exégèses classiques, qu’Adam n’est pas le premier homme. Nous aurons pu en effet constater qu’Adam est distinct de l’Homme tant en nature qu’en fonction. Selon le Coran, Adam est un être archétypal présent au Plérôme parmi les entités angéliques et l’Homme est une créature strictement terrestre. Cependant, entre plan céleste et plan terrestre est établi un rapport faisant de l’Homme en tant que catégorie d’être générique spécifique le « Représentant » d’Adam « sur Terre » et non pas le représentant de Dieu, lequel en son absoluité n’en a nul besoin : « Ô Hommes ! Vous êtes nécessiteux, ayant besoin de Dieu, quant à Dieu Il est Celui qui Se suffit, le Digne de louanges ! »[18]

Plus exactement, selon la version critique de la Genèse proposée par le Coran, Adam a été créé par Dieu afin de représenter archétypalement l’Homme. l’Homme coranique n’est donc pas à « l’image de Dieu », mais à « l’image d’Adam », c’est-à-dire doué des trois caractéristiques fondamentales le distinguant dans le règne du vivant : le langage, la raison, la conscience de soi.[19] Le contre-récit coranique explicite donc ces spécificités ontologiques de l’Homme au travers de leur acquisition prototypique par l’entité Adam/Elle.

– Théologiquement, ce renversement de paradigme a de nombreuses conséquences dont la principale est que si Dieu n’a pas fait l’Homme « à Son image », Il n’est pas non plus « à l’image des hommes ». L’on peut aussi en déduire directement que Dieu n’est en rien responsable du mal régnant sur Terre, puisque ce dernier est le fruit d’actes commis par l’Homme « qui y sèmera la corruption et fera couler le sang ».[20] Conséquence directe de cette position coranique, les penchants néfastes de l’homme ne sont pas en quelque sorte justifiés d’autorité par une supposée similitude à Dieu. Bien au contraire, Dieu s’oppose en réalité à la violence des hommes : « Si Dieu ne repoussait pas les hommes les uns par les autres, la Terre serait entièrement corrompue, mais Dieu est Tout de grâce envers les hommes.»[21]

– Politiquement, le simple constat de la non-filiation entre l’Homme et Adam entraîne une séparation définitive entre l’Homme et Dieu, car Adam n’est plus intermédiaire entre la nature divine et la nature humaine. Aussi, l’Homme ne peut -il en aucun cas se prétendre “représentant de Dieu”, il n’est investi d’aucune autorité supposée divine, et nul ne peut se prétendre gouverner les hommes au nom de Dieu. Cette émancipation de l’Homme en fait un être totalement libre et ainsi pleinement responsable de ses actes, en bien ou en mal. De même, Dieu se trouve Lui-aussi libéré de la tutelle indirecte que l’Homme en tant prétendument Son représentant exerçait en son nom.

– Intellectuellement, l’Homme étant une entité totalement distincte d’Adam, son origine est uniquement terrestre. Il est alors possible d’intégrer l’histoire des origines de l’Homme au concert de la vie buissonnante et évolutive tel que Dieu l’a orchestré sur Terre et de comprendre son surgissement[22] sur cette scène. Ce que le Coran nous dit en la matière est qu’à un moment déterminé, la créature terrestre de forme humaine s’est trouvée nantie de par la volonté de Dieu des caractéristiques ontologiques qui vont à l’instant faire de lui l’Homme, une créature unique en son genre car capable de langage, raison, conscience. La non-filiation adamique de l’Homme proposée par le Coran déconstruit donc l’antique mythe tout en présentant un récit qui soit rationnellement compréhensible et ouvert aux avancées de la science contemporaine.

Au final, si le Coran avait déconstruit la mythologie biblique quant à Adam et Ève, l’Exégèse a totalement occulté cette révolution en réinjectant dans le commentaire des versets concernés la quasi-totalité des données et spéculations talmudiques sur le sujet. Ce faisant, elle a ajourné la rationalisation coranique en imposant et surimposant au Texte le fond légendaire des origines de l’Homme, ce alors que le Coran proposait en la matière une passerelle entre foi et raison.

Dr al Ajamî

 

[1] À savoir, le présent article puis : 2–Adam et le langage selon le Coran et en Islam, S2.V31-33 ; 3– Adam et Elle/Ève, Iblîs et le Shaytân : raison et conscience selon le Coran et en Islam, S2.V34-36 ; 4– La “Chute” d’Adam/Elle, l’Homme, Iblîs et le Shaytân selon le Coran et en Islam, S2.V36-39.

[2] « Faisons l’homme à notre propre image selon notre ressemblance », Génèse, Chap. I, 26.

[3] Cf. Foi et non-foi, îmân et kufr selon le Coran et en Islam.

[4] Pour la structure de cette sourate, voir : Introduction à sourate al–baqara : La Génisse.

[5] Pour le rapport d’intertextualité biblique dans le Coran, voir : S2.V29.

[6] Ce point fondamental  est analysé en 2–Adam et le langage selon le Coran et en Islam et  3– Adam et Elle/Ève, Iblîs et le Shaytân : raison et conscience selon le Coran et en Islam.

[7] Plus rationnellement, l’on supposa que Dieu avait nommé l’Homme successeur du fait que les hommes se succèdent les uns aux autres, génération après génération. Plus spéculativement, l’on entendit par successeur le fait que les hommes ici-bas ont succédé à Adam. Ces deux conjectures n’ont aucun soutien littéral. Plus pragmatiquement, l’on assimila la fonction califale historique à la notion de successeur au pouvoir. Son Calife, Son Lieutenant, Son Vicaire, Son Remplaçant, Son Lieu-tenant ou Son Tenant-lieu, sont alors autant de faux synonymes de successeurkhalîfa, mais qui tous confèrent in fine à l’homme au nom de Dieu des prérogatives ici-bas sans aucun équivalent dans l’ordre de la création.

[8] Genèse, II, v8. Cette différence suffirait à elle seule à déconstruire la mythologie anthropomorphique de la Genèse.

[9] S38.V69 : « مَا كَانَ لِيَ مِنْ عِلْمٍ بِالْمَلَإِ الْأَعْلَى إِذْ يَخْتَصِمُونَ »

[10] Lorsque dans le Coran ce terme désigne le lieu où siègent les entités célestes, le mot mala’, assemblée, cohorte, est le nom verbal de la racine mala’a qui signifie remplir, emplir et al–mala’ désigne à l’origine un lieu empli puis par métonymie la foule qui emplit ce lieu. L’étymologie grecque de Plérôme indique ce qui est plein, empli, d’où plénitude. De fait, le terme grec plerôma traduit le terme hébreu melô éminemment proche en sens et en structure de l’arabe mala’.

[11] S30.V41 : « … ظَهَرَ الْفَسَادُ فِي الْبَرِّ وَالْبَحْرِ بِمَا كَسَبَتْ أَيْدِي النَّاسِ »

[12] « Nous te sanctifions », expression entendue qui, pour être juste, devrait être comprise au sens premier de sainteté : perfection absolue de Dieu, soit ici :  « Nous magnifions Ta perfection ».

[13] Le texte arabe est nominal, il n’utilise pas le verbe instituer, mais son participe présent jâ‘ilun, ce qui ne situe pas l’action dans le temps, mais la maintient en un présent indéfini et infini.

[14] Cet aspect du mythe adamique déconstruit par le Coran sera envisagé lors de l’analyse littérale des vs36-39 : 4– La “Chute” d’Adam/Elle, l’Homme, Iblîs et le Shaytân selon le Coran et en Islam, S2.V36-39

[15] « J’institue sur Terre un Représentant » : le verbe ja‘ala, instituer, n’est pas le verbe khalaqa, créer. De fait, ce chapitre coranique est consacré, non pas à la création biologique de l’Homme, mais à sa formation ontologique au travers du modèle archétypique Adam.

[16] La majuscule à Représentant se justifie donc du fait que pour qualifier tous les hommes il est utilisé un singulier, khalîfa, ce qui signe la fonction paradigmatique du terme.

[17] Pour l’analyse de ces versets, voir les trois articles référencés en note1.

[18] S35.V15 : « يَا أَيُّهَا النَّاسُ أَنْتُمُ الْفُقَرَاءُ إِلَى اللَّهِ وَاللَّهُ هُوَ الْغَنِيُّ الْحَمِيدُ  »

[19] Ce processus archétypal est analysé en :  3– Adam et Elle/Ève, Iblîs et le Shaytân : raison et conscience selon le Coran et en Islam, S2.V34-36.

[20] Ce point relève aussi de la réflexion menée en l’article : Destin et Libre arbitre.

[21] S2.V251 : « وَلَوْلَا دَفْعُ اللَّهِ النَّاسَ بَعْضَهُمْ بِبَعْضٍ لَفَسَدَتِ الْأَرْضُ وَلَكِنَّ اللَّهَ ذُو فَضْلٍ عَلَى الْعَالَمِينَ … »

[22] Sans concordisme aucun, le terme « surgissement » est approprié, car en regard de l’échelle de temps de l’évolution de la vie l’apparition de l’Homme en tant qu’homo sapiens, c’est-à-dire nantis d’emblée de langage,  raison et conscience de soi, est tel une fraction de seconde.